Nous avons retrouvé Gustav devant son piano. Les mains posées sur le clavier mais ne jouant aucune note. Eden lui embrassa la joue avant qu'on se dirige tous les deux vers ma chambre. Il nous rejoindrait lorsqu'il le voudrait.
Nous commençâmes par changer les draps de mon lit double, puis avons fait notre travail pour le lendemain dans un silence religieux. Préoccupé par la fin de l'après midi j'eu beaucoup de mal à me concentrer sur ce que l'on me demandait de faire. Bâclant les exercices de mathématiques pour passer à l'allemand où on nous demandait d'inventer notre utopie. Rien de bien passionnant, mais ça eut au moins le mérite de m'occuper l'esprit suffisamment pour que je mette de côté l'incident.
Eden tout comme moi était plongée dans son travail, plus scientifique que le mien mais tout aussi prenant pour ce petit bout de femme si exigeante avec elle-même. Parfois lorsqu'elle réfléchit elle lève la tête et fixe un point comme s'il pouvait lui donner la réponse qu'elle cherche ou la formulation qui lui manque..
Trois petits coups frappés à la porte, j'allais ouvrir la porte pour tomber sur Lyne, la mère de Gustav nous demandant de descendre pour le dîner. Reposant stylo, fermant classeur et trousse nous rejoignîmes la famille Schäffer dans la salle à manger.
[...]
Gustav quitta ma chambre pour aller se coucher. Nous avions passé la soirée à discuter, à rire, à jouer un peu de musique, à profiter simplement de la présence des autres. C'était simple comme soirée, peut-être même banal mais cela nous convenait parfaitement.
Eden et moi étions allongés en travers du lit à écouter un disque qu'elle avait apporté quand une question me vint à l'esprit.
- Puce ? Je sais que tu ne voulais pas rencontrer ta nouvelle belle-mère mais il ne doit pas y avoir que ça pour que tu refuse carrément de rentrer chez toi. Après tout pour les autres tu t'enfermais dans ta chambre.
- Je préfère passer du temps avec toi plutôt que de rester coincée dans ma piaule.
- Et ?
- Et quoi ? Il voulait nous annoncer quelque chose de très important pour lui et je ne veux pas l'entendre dire qu'il va épouser une fille qui pourrait être ma grande s½ur alors qu'il ne la connaît que depuis quelques mois. Ca n'a pas de sens.
- Je vois. On se couche ?
- Oui. Tomi ?
- Hmm ?
- Comment ton père a découvert que tu étais gay ?
Je me retournais vivement vers elle surpris. Nous ne parlions jamais de ça d'ordinaire. Elle savait que je n'aimais pas.
- Pourquoi tu veux savoir ?, dis-je un peu durement.
- Excuse-moi j'aurais pas du.. Je voulais juste savoir mais oublie c'est rien, pardon Tomi, répondit-elle avant de se coucher me tournant le dos.
Eden n'abordait pas souvent les sujets « importants » du passé, elle préférait qu'on se confie à elle de manière spontanée. Elle était discrète et respectait le jardin secret des autres.
Je me couchais à ses côtés l'attirant vers moi pour l'avoir dans mes bras.
- C'est simple en fait, commençais-je, Enzo et moi étions à la maison lorsque mes parents n'y étaient pas. On avait bossé en élève sérieux que nous étions et puis à un moment il s'est mis à faire les cents pas dans ma chambre comme s'il cherchait comment tourner sa phrase. Il faisait toujours ça quand il était gêné c'était mignon.. Alors je lui ai simplement demandé ce qu'il se passait, j'avais peur que ça soit grave.
- Enzo tu me fais peur ! Qu'est-ce qui se passe ?, demandais-je inquiet.
- Je.. J'ai un truc à te dire mais j'me sens con en fait.
- Pourquoi ?
- Je ne sais pas comment le dire...
Je souris attendri et me levais pour lui faire face. Enzo 15 ans sortant depuis peu avec moi, 13 ans et demi. Il avait toujours peur de faire quelque chose de mal et semblait tout petit à côté de moi qui le dépassais d'une tête.
Je l'attrapais par les hanches pour l'empêcher de bouger, il allait finir par me donner le tournis.
- Dis-moi je ne vais pas te manger.. Quoi que..., ajoutais-je la voix pleine de sous-entendus.
Trop jeune ? Moi ? Ca me fait rire quand on me dit ça. Si à 13 ans on ne peut pas aimer comme disent les adultes alors qu'on a des rêves plein la tête et qu'on est encore assez innocent pour y croire, alors à quel âge on est capable d'aimer ?
J'suis amoureux. Ca fait niais dit comme ça, mais c'est la stricte vérité.
- Je...
- Tu ... ? Allez tu me stresses vraiment là...
Oui je commençais à avoir peur. Nous étions ensemble depuis mon anniversaire voilà six moi de ça. Et si moi j'étais amoureux, je savais qu'il tenait beaucoup à moins mais rien de plus. On vivait au jour le jour.
- J'suis amoureux.
- De qui ?, demandais-je un sourire niais collé aux lèvres.
- De toi idiot !
Une explosion ! Oui c'est ça une explosion, un moment de folie où des milliers de papillons ont pris leur envol en même temps dans mon estomac. Ca fait gonzesse mais je m'en fou. A cet instant je suis profondément heureux, je suis sur un petit nuage et je ne veux pour rien au monde en redescendre.
Je calais mes mains dans les poches arrières de son jeans et le rapprochais de moi pour sceller nos lèvres, l'embrassant tendrement avant de murmurer contre ses lèvres.
- Ca tombe bien j'suis amoureux aussi.
Le baiser reprit là où je l'avais stoppé, avec plus de conviction, plus de fougue. Les mains deviennent baladeuses et les miennes entreprennent de lui ôter son T-Shirt devenu gênant. Une fois jeté au sol, elles reprirent lentement leur place sur ses fesses caressant la peau de son torse. Nous nous séparâmes quelques secondes pour reprendre notre souffle, seconde qu'il mit à profit pour enlever à son tour mon T-Shirt. Passant ses bras autour de mon cou, il m'embrassa plus doucement, plus amoureusement peut-être..
- C'est à ce moment là que mon père est entré dans ma chambre, râlant que je ne répondais pas alors qu'il m'avait appelé, terminais-je. Il est devenu tout blanc, puis c'est mit à hurler, à nous injurier, à dire que c'était contre nature et qu'on n'avait pas le droit de lui faire ça. Comment moi, son fils prodige pouvait être gay ? C'était inconcevable pour lui... Je le dégoutais au point qu'il ne m'a plus adressé la parole que lorsqu'il y était contraint. Ma mère ne l'a jamais su par contre. Voilà tu sais tout...
- Pourquoi tu n'es plus avec Enzo si vous vous aimiez ?
- Aimer c'est bien, ça aide beaucoup. Et puis on sait que l'autre sera là pour nous soutenir quoi qu'il arrive. Mais Enzo a lui aussi souffert de l'accident. Il a pourtant essayé mille et une choses pour que ma vie reprenne un cours plus ou moins normal, mais je ne voulais pas. Je me suis éloigné progressivement. Le perdre lui était déjà insupportable et je ne voulais pas courir le risque de voir Enzo s'en aller aussi, trouvé mieux que moi ailleurs, alors j'ai mis un terme à notre relation. Aujourd'hui il nous arrive parfois de passer de bons moments ensemble. On se voit quand on se sent seul, quand on a besoin de réconfort, enfin... tu vois je suppose.
- Oui. Mais ça n'est pas logique. Si tu avais si peur de le perdre pourquoi le quitter ?
- Je n'ai voulu voir personne pendant des mois, lui compris. Au début il a compris mais il restait, toujours dans la maison pour le cas où... Et puis le jour où je suis descendu il était sorti avec une bande de copains m'a-t-on dit. Je me suis trouvé égoïste de le priver de sa vie sociale alors voilà. Ce n'est pas la meilleure explication, mais la seule que j'ai.
- Merci de m'avoir raconté.
- Merci d'avoir écouté.
J'embrassais son front puis nous nous endormîmes tranquillement bercé par la musique qui tournait toujours en bruit de fond.
[...]
- C'est une blague ! Aaron reprends-toi ! C'est quoi ces conneries !
Il hurlait de rage, fixant Aaron durement alors que l'on venait de déposer Enzo chez lui. Seul Zack, Aaron, lui et moi étions encore dans la voiture qui roulait à vive allure.
Mais Aaron ne se démonta pas.
- Ce n'est pas une connerie, ni un petit jeu pour te mettre en colère. C'est simplement la vérité ! Je suis en couple avec lui depuis presque deux ans maintenant, je pensais que tu comprendrais même si Tom m'avait dit de ne pas t'en parler. Je voulais être honnête avec toi.
Sa voix était posée et ne tremblait pas. Pourtant on pouvait sentir la tristesse de ne pas être compris ni accepter par son père, comme moi auparavant.
- Ne me parle pas de lui ! Il n'est rien pour moi !
- C'est aussi TON fils !
Aaron avait élevé la voix cette fois. Protecteur jusqu'au bout.
- Cette lavette n'est rien à mes yeux, pas plus que toi désormais ! Je ne veux pas de tantouses dans ma famille et encore moins en tant que fils ! Des erreurs de la nature, une aberration, mais qu'ais-je fait de mal pour mériter ça moi hein ?
Il continuait de hurler, plus pour lui-même que pour nous. Je savais déjà tout ça et ces mots ne me touchaient plus. Je ne les avais que trop entendu et sans s'y habituer on finit par ne plus y faire attention. Mais Aaron ne comprenait pas. Il était décontenancé, perdu. Son père qui avait tout du modèle à suivre ne pouvait comprendre. Il ne le voulait pas.
Le véhicule continua de prendre de la vitesse jusqu'à ce que mon père réalise qu'il fallait qu'il tourne s'il ne voulait pas finir en plus dans le décor.
Un virage prit trop vite, la rage et la colère aveuglante. Un crash.
Je repris conscience quelques minutes après essayant de savoir où je me trouvais. Ca sentait l'essence il y avait de la fumée dans l'habitacle. Je me détachais et fit de même pour Zack qui se trouvait à mes côtés regardant partout, anxieux.
Je sortis comme je pouvais de la voiture le portant loin de l'accident avant de rebrousser chemin pour sortir Aaron.
BOUM
L'explosion me propulsa à quelques mètres du véhicule. Je l'entendis hurler alors que la voiture n'était plus qu'un immense brasier.
- NOON ! ! !
Ich lass' dich nicht fallen, ich lass' dich nicht gehen, wach mit mir auf, Leben ist so schön
Je me réveillais en sursauts fixant le mur devant moi. Le c½ur battant à la chamade, j'essayais d'assimiler le fait que j'étais éveillé. Je n'avais pas crié cette fois-ci, un cri resté coincé au fond de ma gorge.
Eden dormait toujours à mes côtés, le drap recouvrant plus de la moitié de son visage. Je cherchais des yeux un repère familier dans cette chambre qui me semblait étrangère. Quelque chose de perturbant plongeait la pièce dans une atmosphère étouffante sans que je sache quoi. Il y avait pourtant bien quelque chose ou quelqu'un.
J'allumais la lumière pour tenter de déceler ce qui clochait, mais ne trouvait rien de différent à la pièce si chaleureuse qu'était ma chambre. Des dessins trainant un peu partout, plus ou moins réussit, fait de jour comme de nuit, des partitions jonchant le sol. Rien d'anormal en somme et pourtant.. Attrapant mon matériel à dessin, je m'installais plus confortablement dans mon lit pour ne pas réveiller mon amie et pouvoir la dessiner. Comme si j'avais besoin de me raccrocher à quelque chose de réel plutôt que d'écouter mon esprit divaguer.
Un coup de crayon par-ci, une courbe estompée par là, la silhouette cachée par les draps commençait à prendre forme, me donnant du fil à retordre par moment. Puis vint le moment de réaliser son visage, cacher par ses cheveux et le drap, ça la rendait encore plus attachante.
- Tu as toujours eu un don pour ça aussi
Un nouveau sursaut et la sensation d'être observé. Mais après un rapide coup d'½il dans ma chambre, je me rendis compte de l'absurdité de mon geste. A cette heure-ci personne dans la maison n'était levé et Eden dormait profondément comme à chaque fois.
Je repris donc mon dessin, m'appliquant à le rendre unique. Modeste ? Oui et non. J'aime le travail bien fait et soyons réaliste deux minutes, je suis bon dans ce que je fais du moment que j'y mets un peu de c½ur et beaucoup de temps. Cela faisait près de deux heures trente que j'étais dessus et le résultat était plutôt pas mal. Elle serait peut-être heureuse de pouvoir le ramener chez elle.
- Elle est très belle, tu as de l'or dans les doigts Tomi
Je levais la tête à nouveau, cherchant d'où pouvait bien provenir cette voix au timbre si particulier. Mais rien n'avait changé et je pouvais toujours imaginer quelqu'un se cacher sous mes dessins ou les partitions ce n'était pas possible. Il fallait vraiment que je dorme. C'était une certitude.
-Ce qui est certain c'est que tu es toujours aussi peu ouvert d'esprit mon pauvre
Oui dormir. Eteindre la lumière et fermer les yeux. Plonger à nouveau dans un sommeil profond pour les trois petites heures restantes. Comme si c'était possible mais essayons.
J'avais envie de demander qui pouvait bien me parler, j'avais envie de poser le paquet de questions qui m'occupait l'esprit depuis hier. Du pourquoi du comment j'avais pu croire qu'il était en face de moi ? De la raison qui me pousse à entendre sa voix ?
Tout ça me dépassait. Je n'ai jamais aimé me faire balader par mes émotions.
[...]
La journée touchait à sa fin. Aucun incident n'était venue la perturbée et si mon esprit avait arrêté de tourner à plein régime j'aurais presque réussi à me convaincre que tout ce qui avait eu lieu la veille et l'avant-veille n'était que le fruit de mon imagination. Presque...
Ce soir les Schäffer nous emmènent manger au restaurant. Chose assez rare, mais qui parfois est nécessaire pour sortir du petit train train quotidien. Rien d'extravagant, juste nous cinq, en famille comme ils pensent tout bas.
Les discutions vont bon train, l'ambiance est chaleureuse, les rires au rendez-vous. On reparle des exploits d'Eden hier soir à table. Elle a faillit se tuer avec la moitié de ce qu'elle a mangé, a réussit à se mettre du yaourt sur le nez et j'en passe. Ca aura eu le mérite de nous faire passer une excellente soirée, car d'ordinaire c'est tout simplement plus calme.
Après avoir fait le trajet du retour Lyne me demande de l'attendre au salon. Elle doit avoir une question à me poser à tous les coups.
- Tom c'est bien demain que tu vas voir ta mère ?
- Oui dans l'après midi après les cours pourquoi il y a un problème ?
- Du tout.. Quoi que je sais que Gustav devait t'y accompagner et... Et j'aurais besoin de lui
- Oh ! Et bien il n'aura qu'à rester pour vous aider, ce n'est pas un problème, affirmais-je avec un sourire.
Sourire un peu crispé mais qu'importe, je peux bien concevoir qu'il ait des obligations plus importantes que celle d'attendre devant une porte le moment où tout dégénèrera et où il devra me courir après.
- Tu es sur ? Je sais que tu préfères quand il est là.
- Non non c'est bon et puis je demanderais à Eden, dis-je pour lui assurer que cela ne me gênais pas.
La journée de demain promettait d'être longue, très longue...
[...]
- Tomi ! Tomi fait un effort et vient m'aider !
- J'ai pas envie, se plaignit le plus jeune
- Mais je m'en moque ça, vient ! Sinon les parents vont finir par être au courant pour la surprise !
Cette remarque eu le mérite de faire se lever le petit blondinet assis sur une chaise longue. Dans deux jours, c'était l'anniversaire de mariage des parents. Ils savaient tous deux que leur père oubliait fréquemment cette date, sans que cela soit réellement volontaire. Alors cette année ils avaient décidé de donner un petit coup de pouce à leur papa, pour lui éviter de nouveaux reproches, ils n'aimaient pas lorsqu'il se disputait avec leur mère adorée.
Finissant à deux de vernir la grande table qui trônait au garage, le plus grand laissa une petite ouverture suffisante pour aérer la pièce tout en maintenant la sécurité de la maison. Il n'était pas question de se faire cambrioler, cela gâcherait tout.
En fait ils avaient prévu de remplacer celle de la salle qui commençait à vieillir pour celle-ci, si belle que leur mère n'avait jamais voulu jeter, mais elle n'avait jamais trouvé le temps pour la restaurer. Ses deux garçons s'en chargeaient pour elle. Cela lui ferait sans doute plaisir et puis ils pourraient toujours affirmer que c'était papa qui l'avait fait.
*
*
*
- C'est bizarre que tu rêves encore de ce jour là... Tu t'étais tellement fait disputer par papa avant que je ne lui explique...
Cette voix encore et toujours dans la tête. Mais ça passerait...
[...]
J'attendais à l'accueil qu'on veuille bien me donner le numéro de la chambre dans laquelle ma mère avait été transférée, une chambre pour elle seule.
- Numéro 115
- Je vous remercie.
Je partis donc en direction du couloir de gauche et cherchais machinalement le numéro de la chambre sur la porte. Je n'avais pas parlé à Eden de cette visite, mais Lyne était rassurée. C'était moi maintenant qui m'inquiétait. Ma mère avait parfois des réactions assez spontanées et surtout imprévisible. Ce n'était pas évident de voir comment une personne brillante évolue après un choc émotionnel.
Je pris mon courage à deux mains, me répétant que cette fois-ci se serait différent, et entrais dans la pièce après avoir frappé trois coups.
- Bonjour maman, dis-je doucement
Elle tourna sa tête vers moi. L'air perdu quelques secondes puis comme une petite étincelle dans le regard. Elle m'avait reconnu.
- Bonjour mon fils.
Je me penchais vers elle pour embrasser son front, savourant l'instant. Elle était souriante, calme. Elle semblait elle-même, comme avant, comme si rien n'avait changé.
- Comment vas-tu Tom ? Cela fait longtemps que je ne t'ai pas vu.
- Je vais bien maman ne t'inquiète pas, tout va bien.
- Tu continues la musique cette année ?
A partir de là nous avons beaucoup parlé. De moi essentiellement, de mes projets, de mon avenir. Elle me sermonna même gentiment parce que je ne viens pas assez souvent lui tenir compagnie. C'est tellement vrai, mais mieux vaut ne pas penser au pourquoi.
Ca fait tellement de bien de retrouver un repère, quelqu'un dont on a tant besoin, parce que quoi qu'on dise, une maman sera toujours la personne qui vous soutiendra le plus, qui vous épaulera, parce que ma maman est comme ça, enfin était...
Le temps passe, elle est parfois absente puis reprend la conversation. Je ne m'en formalise plus à force.
- Tom regarde ce qu'elle est devenue à cause de moi !
Pitié ça n'allait pas recommencer ! Pas maintenant ! Pas ici ! Pas cette voix !
- J'suis désolé maman, désolé...
- Tom ? Tu as entendu ?
- Entendu quoi ?
- Il dit qu'il est désolé, tellement désolé... Je...
Une nouvelle fois elle a une absence.
- Tom ? Où est Aaron ?
- Maman, je ...
- Je suis là maman, tout près de toi, pardonne-moi
- Je l'entends !
- Maman !
Mais elle ne me voit plus, ou ne semble plus me voir. Son regard se voile tandis qu'elle fixe le mur. Elle est bouleversée par ce qu'elle pense y voir, j'imagine parfaitement qui c'est. Puis son regard se tourne doucement vers moi et tout dérape.
- NON ! NON NE M'APPROCHE PAS !
Elle hurle de plus en plus fort, cherchant à m'échapper alors que je n'ai pas bouger du lit.
- ENFER...ENFER... AAAHHH DISPARAIS, TU ES MORT ! TU DOIS ETRE MORT !, vocifère-t-elle en me poussant violemment du lit dont je tombe.
Abasourdis je ne sais que faire. Sans doute alertés par ses hurlements un médecin et deux infirmiers entrent dans la chambre, l'un me fait sortir puis retourne s'occuper d'elle.
[...]
Je suis assis contre le mur face à la chambre. Le personnel est sortit depuis longtemps mais je n'ose pas y retourner malgré que l'on m'ait assuré qu'elle dormait.
Des pas dans le couloir rompent le silence et deux voix se font entendre. L'une m'est familière.
- Mon père a encore du calmer la cinglée de la 115. Elle hurlait « il revient de l'enfer » ou un truc du genre. J'espère qu'elle a pas de gosse, ils doivent être aussi taré qu'elle sinon...
L'autre se contenta de rire.
Lill'y